Née d'une Amicale de Polios en 1951, celle qui devait devenir en 1964 l'Association d'Entraide des Polios déposa ses statuts le 12 Juillet 1957.

Cette Amicale avait été constitué par un groupe de polios en rééducation fonctionnelle à l'Hôpital Raymond Poincaré de Garches, alors Centre National de Traitement de la poliomyélite. Entre 1951 et 1962, son rôle son rôle se limita à agir au sein de l'hôpital où elle mena une action auprès de la direction de l'Assistance Publique pour humaniser les conditions d'hospitalisation des malades en rééducation (conditions d'hébergement, sorties en week-end à domicile, loisirs etc.)

En 1957, la poliomyélite avait encore fait plus de 4600 victimes et il fallut attendre 1962 et la vaccination obligatoire pour que la terrible maladie ne soit plus qu'un mauvais souvenir.

Elle avait, cependant, laissé des milliers d'infirmes dont les plus atteints, ceux dont la paralysie avait immobilisé les muscles respiratoires et qui ne survivaient plus que grâce à des machines, poumons d'acier ou appareils de ventilation, continuaient d'occuper les lits de réanimation médicale des hôpitaux spécialisés, tels Claude Bernard et Raymond Poincaré pour l'Ile de France, la Croix Rousse pour la Région lyonnaise ou Rennes pour la Bretagne.

Lorsque progressivement, entre 1962 et 1964, les polios en rééducation furent remplacés par d'autres malades, les insuffisants respiratoires se désespéraient de leur maintien en milieu hospitalier.

En 1964, l'Amicale prit le nom d'Association d'Entraide des Polios et décida de se consacrer plus particulièrement à une catégorie de malades pour qui, jusqu'alors, aucune solution de vie n'avait été trouvée, celle des insuffisants respiratoires restrictifs.

L'ADEP s'appuyant sur la confiance de médecins, tels Monsieur le Professeur GOULON, qui avaient compris avant les autres que l'insuffisance respiratoire ne signifiait pas une assignation à vie à l'Hôpital, s'efforça de trouver des solutions nouvelles : retour à domicile pour les moins dépendants - Foyers de vie pour ceux dont l'état de dépendance n'était pas compatible avec le retour chez soi.

Ce fut la grande innovation de la deuxième moitié des années 60 et ce qui fut créé au bénéfice des patients atteints d'insuffisance respiratoire restrictive s'applique aujourd'hui aux malades atteints d'insuffisance respiratoire obstructive et, la France est devenue un modèle dans le domaine de l'assistance ventilatoire à domicile.

La réflexion engagée sur les problèmes spécifiques des insuffisants respiratoires chroniques amenait les responsables de l'Association à créer successivement un service de prêt gratuit d'appareils respiratoires (1969) qui devait se transformer en 1982 en un service d'assistance ventilatoire à domicile, deux établissements spécialisés intégrés à l'habitat ordinaire, destinés à recevoir ceux de ces malades qui ne pouvaient rentrer chez eux (foyer Guy Lagrive à Montereau en 1972 et foyer médicalisé d'Evry en 1978) sans oublier les handicapés les plus lourdement atteints même s'ils ne présentaient pas d'insuffisance respiratoire (foyer Cheshire de Fontaine Française ouvert en 1976, foyer d'Evry en 1978 et foyer de Roanne en 1989).

Parallèlement, l'ADEP avait conduit une réflexion approfondie sur les problèmes du handicap et, ses interventions dans ce domaine avaient désormais largement franchi les limites de l'hôpital. Cette réflexion devait se traduire par des Journées d'Etudes et des Expositions dont deux, au moins, ont joué un rôle de premier plan dans l'évolution des lois et des mentalités : l'accessibilité du logement en 1964 qui donna lieu à un contrat d'étude dont les conclusions furent à l'origine des dispositions de la Loi de 1975 et, l'évaluation du préjudice corporel dans les Pays de la Communauté en 1988, qui est à l'origine de l'évolution de la jurisprudence française sur la réparation et aux travaux des Cies d'assurances européennes sur ce thème

De ces travaux devaient naître, en 1969, le Service ADEP Documentation qui occupe maintenant une place tout à fait particulière dans le domaine de l'assistance juridique et sociale aux personnes handicapées.

L'ADEP a ainsi joué un rôle très novateur dans le domaine du handicap par la création des premiers foyers-logements pour handicapés physiques et par la mise en place de l'assistance ventilatoire à domicile dont l'organisation et le développement sur tout le territoire français est aujourd'hui considéré comme un modèle dans tous les pays occidentaux.

L'Association développe aussi son action dans le domaine de l'assistance à domicile (création d'un service d'auxiliaires de vie dans l'Essonne en 1981), de l'hébergement (résidence du Vieux Lavoir, Résidence Amaryllis, Résidence Glacière), de la Réadaptation des cérébro-lésés (création d'un centre de jour à Puteaux en 1995) et du travail protégé (Ateliers Noël Le Gaud).

Le développement croissant de son activité l'a conduit à une certaine forme de décentralisation avec des Comités locaux, dont le Comité Loire créé en 1982, le Comité Hauts-de-Seine créé en 1983, Comité Essonne créé en 1986, le Comité PACA créé en 1998 et enfin le Comité Yvelines créé en 1999.

 

 

André Dessertine le président de l’ADEP nous a quittés le samedi 16 juin 2007. Il s’est éteint à l’âge de 80 ans, au terme d'une vie consacrée à l'aide et au soutien des personnes handicapées.

Frappé à l'âge de 35 ans par la poliomyélite. Il fut traité et rééduqué à l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches. Pendant les 18 mois de son hospitalisation, il connut de nombreux  polios, des paraplégiques et tétraplégiques, parfois confrontés à des insuffisances respiratoires sévères. Avec eux, il découvrit les vertus de l’entraide et de la solidarité. Ces valeurs allaient constituer le ressort fondamental de son profond engagement dans l’action associative à laquelle il consacra une exceptionnelle énergie à la sortie de l’hôpital.

Ce handicap qui l'avait privé de l'usage de ses jambes, n’a pas empêché ce jeune père de famille de poursuivre de front, une brillante carrière de magistrat et un engagement total auprès des handicapés et des malades. Il fut l’un des très  rares magistrats en fauteuil roulant à présider un tribunal. Il fut également l’un des pionniers du combat pour une nouvelle place de la personne handicapée dans notre société.

André DESSERTINE était doté d’une haute intelligence et d’un grand charisme. Son apport à l’évolution des pratiques, des conceptions et des politiques du handicap a été tout à fait remarquable. Il a, en effet, joué un rôle capital dans l’émergence et le premier ancrage de l’accessibilité, en France, élément clé de que l’on appelle maintenant le modèle social. Suite à l’organisation de multiples colloques sur ce thème, dès les années 60, il était intervenu de manière déterminante pour que la loi d’orientation du 30 juin 1975 en faveur des personnes handicapées prévoit des dispositions pour favoriser l’accessibilité de l’environnement bâti. Avec l’ADEP, il s’imposa comme un précurseur dans de nombreux domaines qui sont aujourd'hui d'actualité,

en créant :

  • dès les années 60, des services innovants dans le domaine de l’assistance ventilatoire à domicile pour des personnes handicapées respiratoires,
  • en ouvrant, en 1972, la première structure d’habitat intégré offrant de véritables logements à des personnes atteintes de déficiences motrices et respiratoires très sévères,
  • en développant dans les années 90 des structures d'accueil de jour et de réinsertion pour les cérébro-lésés.

Il a, en outre, largement favorisé le développement de structures d’aides humaines à domicile pour les plus dépendants,  la formation des auxiliaires de vie et la prise en charge pluridisciplinaire des personnes handicapées en difficulté.  Ces dernières années, il travaillait à un rapprochement du secteur sanitaire et du secteur médico-social, convaincu de la nécessité de décloisonner ces secteurs pour mieux répondre aux  besoins diversifiés des personnes en situation de handicap. 

Très impliqué dans le champ de l’action, il a toujours manifesté un très grand intérêt pour le champ de la connaissance, en réalisant lui-même des travaux dans sa spécialité et en organisant de nombreuses journées d’étude dont certaines ont été très marquantes, notamment, sur la difficulté à parler du handicap et à laisser s’exprimer les personnes handicapées dans les Médias, sur une lecture du Droit au regard de la législation du handicap, sur l’harmonisation européenne des règles d’évaluation de la réparation du dommage corporel, etc.., mais aussi en apportant son soutien sans faille à la recherche sur le handicap qu’il estimait indispensable de développer.

Dans tous ces domaines, il aura ainsi fait fructifier son expérience du handicap, donné beaucoup aux autres et laissé une trace ineffaçable de son apport à la société. 

Il fût, avant tout, pour nous tous, le président, fondateur et animateur de notre association, l’ADEP, association d'entraide des polios et handicapés.

Généreux, jovial, vif, doué d'un grand charisme, ce brillant orateur au sourire malicieux savait défendre notre cause avec fougue mais aussi diplomatie auprès des politiques. Malgré ses nombreuses responsabilités associatives et un emploi du temps très chargé, il restait attentif à tous et avait toujours un mot gentil pour chacun de ceux qui travaillait à ses côtés.

A lui qui avait écrit, le 1er Mars 1988 dans le livre d'or de l'ADEP,  " A tous Merci ! Car c'est grâce à la sensibilisation des cœurs et des esprit que nous avons pu aller de l'avant ", nous disons, à notre tour : « Merci. Merci, Monsieur le Président, pour votre leçon de courage. Merci de nous avoir montré la voie. »